Le Midi Libre - Supplément Magazine - «Le pain complet eSt meilleur pour la santé»
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Edition du 29 Mars 2010



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M. Khettab Senouci Rabie, chargé de la communication à la minoterie de Mostaganem, au Midi Libre
«Le pain complet eSt meilleur pour la santé»
24 Mars 2010

M. Khettab Senouci Rabie est licenciĂ© en sciences commerciales, option gestion, âgĂ© de 30 ans, reconverti en meunier. Responsable des ventes et de la communication Ă  la minoterie de Mostaganem, il nous parle de son activitĂ©, de ses projets et de ses souhaits. Ce que nous propose M. Khettab est fort intĂ©ressant au double plan, Ă©conomique et santĂ©. En effet, vu notre large consommation de pain, l’AlgĂ©rie gagnerait beaucoup plus en produisant d’autres cĂ©rĂ©ales, car Ă  171 dollars la tonne de blĂ©, le calcul est vite fait. Sur le plan santĂ©, il prĂ©conise de rĂ©orienter nos habitudes de consommation. En effet, le pain blanc est pauvre en vitamines et les amĂ©liorants chimiques additifs utilisĂ©s sont plus que douteux. La consommation de seigle et d’orge est plus que conseillĂ©e compte tenu de leurs vertus nutritives et leur pouvoir de prĂ©vention des maladies telles que le cancer et le diabète. Notre meunier Senouci ainsi que toute l’Ă©quipe dirigĂ©e par M. Djillani Kobibi Ali, superviseur, qui travaille sous le slogan : «Un retour aux sources », se dĂ©place chaque mois pour consulter les diffĂ©rents clients et pour en repĂŞcher d’autres, tout en assurant Ă©galement une formation sur site gratuitement. Notons que pour le Mondial du pain 2009, cette Ă©quipe a dĂ©crochĂ© la 3e place dans le pain nutritionnel, spĂ©cialitĂ© pain nutrition, sur 12 pays qualifiĂ©s Ă  la phase finale, et la 6e place mondiale en final de "Boulangerie viennoiserie". Cette annĂ©e, le Salon international de Djazagro 2010 pour l’agro-alimentaire se tiendra du 12 au 15 avril Ă  Alger. Ce rendez-vous offre ainsi l’opportunitĂ© Ă  notre Ă©quipe de meuniers d’ĂŞtre prĂ©sente auprès des professionnels et de favoriser les rencontres avec les industriels boulangers algĂ©riens. Plus de dĂ©tails avec M. Khettab Senouci Rabie, chargĂ© de la communication de la minoterie de Mostaganem, qui a bien voulu nous accorder cet entretien.

Midi Libre : A quand remonte la minoterie Sidi Bendhiba de Mostaganem ?
Mr. Khettab Senouci Rabie : La minoterie Sidi Bendhiba a Ă©tĂ© le quatrième investisseur Ă  s’implanter dans le crĂ©neau ouvert au privĂ© en 1998. Elle compte parmi les pionniers de la minoterie en AlgĂ©rie.
Nous avons optĂ© pour la diversification de notre produit, c’est-Ă -dire mettre au point une gamme de farine prĂŞte Ă  l’emploi destinĂ©e aux artisans boulangers pour panifier des pains traditionnels et spĂ©ciaux (pain complet, pain d’orge, pain de son, pain de seigl,e pain de campagne ect.).

Pour cela, avez-vous formĂ© des ouvriers boulangers ?
Une fois que nous avons maĂ®trisĂ© la fabrication de tous ces nouveaux produits, un problème de taille a surgi, Ă  savoir le manque d’information et de professionnalisme de beaucoup de boulangers pour cette gamme de farine. Pour parer Ă  cette dĂ©faillance, nous avons mis en place un système de communication appropriĂ© et, notamment, un programme de formation pour les ouvriers boulangers et les apprentis boulangers et ce, en partenariat avec les centres de formation professionnels.
Les diffĂ©rents cycles de formation ont Ă©tĂ© encadrĂ©s par des formateurs français dĂ©placĂ©s pour de longues pĂ©riodes. Aussi, nous avons investi pour la crĂ©ation d’un centre de formation au sein mĂŞme de notre minoterie Ă©quipĂ© d’un fournil d’essai qui rĂ©pond aux besoins et aux diffĂ©rentes conditions de travail des artisans boulangers, avec une Ă©quipe professionnelle dans le domaine de la rĂ©novation de traditions boulangers
Avez-vous organisĂ© des concours des meilleurs boulangers après ces formations ?
En effet, en 2006, nous avons organisĂ©, en collaboration avec l’Union algĂ©rienne des boulangers, prĂ©sidĂ©e par M. Maâmar Hantour, et sous le parrainage de Monsieur le ministre de la Formation professionnelle, le premier concours national des meilleurs boulangers ayant pour objectif le dĂ©veloppement du professionnalisme et la transformation des pains offerts Ă  la vente dans l’intĂ©rĂŞt des boulangers et des consommateurs. Après le succès qu’a connu ce concours, on n’a pris part au Mondial du pain organisĂ© Ă  Lyon (France) en 2009 par Europain. L’AlgĂ©rie a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e par MM. Chagra Tayeb et Ben Smain et on a rĂ©ussi Ă  dĂ©crocher la 3e place.
Actuellement, notre minoterie atteint une capacité de production de 3.500 qx/j, dont :
-700 qx de farine mĂ©nagère ;
-2 mille qx de farine panifiable ;
-800 qx de farine spĂ©ciale prĂŞte Ă  l’emploi.

Quelles sont les farines que vous utilisez ?
La minoterie Sidi Bendhiba est spĂ©cialisĂ©e dans la production d’une gamme de farine prĂŞte Ă  l’emploi pour la panification de pains spĂ©ciaux sous le label «Frena». Ses farines sont : mie, complet, campagne, son, orge, tradition, nutrisina, baguette mixte, baguette plus. Nos farines sont intĂ©grales de blĂ©, d’orge, seigle, maĂŻs, soja… associĂ©es aux grains de sĂ©same, nigel, tournesol, lin, pin, carroube, coriandre, persil, piment et autres herbes aromatiques telles que le romarin, le thym et le laurier, qui sont riches en vitamines A, B1, B2, B3, B5, B9 ,C ,E et K en oligo-Ă©lĂ©ments et sels minĂ©raux, calcium, sodium, fer, cuivre, zinc, chlore, magnĂ©sium…

Pouvez-vous nous citer les vertus de chacune de ces farines ?
Farine de seigle «pain de seigle» : Sa valeur nutritive et sa bonne conservation font que les nutritionnistes recommandent le pain de seigle pour le rĂ©gime alimentaire grâce Ă  sa richesse en fibres, en vitamines et sels minĂ©raux puisqu’elle contient moins de sucre.
Elle lutte contre le diabète et l’hypertension et diminue les risques contre le concert.
Farine d’orge «pain d’orge» : la richesse de l’orge en vitamine B12 favorise la formation des globules rouges et participe Ă  l’Ă©quilibre du système nerveux, lutte contre le diabète et les troubles intestinaux.
Farine de son «pain de son » : riche en fibres, elle est recommandée par les spécialistes de la santé contre les problèmes de transit intestinal, de diabète, de cancer, il donne du tonus pour un bon début de journée.
Farine complète «pain complet» : elle est recommandĂ©e pour lutter contre l’excès de cholestĂ©rol et pour activer le transit intestinal.
Farine nutrisina «pain nutrisina» : elle joue un rôle important pour le système nerveux et contre les réactions allergiques et inflammatoires ainsi que les migraines, les problèmes respiratoires, rénaux et le foie.
Farine campagne «pain de campagne» : pain d’un goĂ»t apĂ©tissant, bonne conservation qui rappelle le pain paysan cuit Ă  la ferme et aussi une solution pour les problèmes d’hypertension, diabète, puisque cette farine est un aliment complet et Ă©nergĂ©tique.
Presque toutes les farines noires sont recommandĂ©es par nos divers clients, conscients des vertus qu’elles apportent Ă  notre santĂ©. En effet, elles sont l’alliĂ© inconditionnel de la santĂ©. Ces farines constituent une meilleure prĂ©vention contre les maladies cardiovasculaires, gastriques, intestinales, constipation, l’anĂ©mie, le diabète, la tension artĂ©rielle, le stress et les allergies.

Avez-vous lancĂ© une campagne de sensibilisation pour faire connaĂ®tre aux consommateurs ces vertus que vous venez d’Ă©numĂ©rer ?
Une campagne de sensibilisation pour vanter les vertus des farines intĂ©grales a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© lancĂ©e. Le prĂ©sident du groupe Sidi Ben Dhiba, M. Djilani Koubibi Bachir en l’occurrence, avance l’argument de la santĂ© des consommateurs algĂ©riens. "Il est vrai que les pains spĂ©ciaux sont un peu chers. Mais ce qu’on dĂ©pense en plus sur le pain, on le gagne en santĂ© et en Ă©conomie", argumente-t-il. Et d’ajouter : "Le consommateur algĂ©rien est mal informĂ© sur les risques du pain blanc." Le pain blanc serait de mauvaise qualitĂ©, d’après M. Kobibi Bachir, du fait que dans la fabrication de la farine blanche l’enveloppe de la graine est rejetĂ©e et que 40 Ă  45% des Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires sur le plan nutritionnel sont perdus. "Les donnĂ©es scientifiques montrent que la partie du grain de blĂ© la plus riche en sels minĂ©raux, vitamines et fibres se trouve justement dans l’enveloppe externe du grain", souligne-t-il. La fabrication du pain blanc nĂ©cessite Ă©galement des additifs chimiques ou amĂ©liorants ainsi qu’une importante quantitĂ© de levure. "Nous ne savons pas, en fait, ce que nous utilisons comme amĂ©liorants, vu que notre marchĂ© est une vraie passoire. On en fait mĂŞme une affaire d’identitĂ© nationale. Pourquoi les Marocains consomment les pains des traditions marocaines alors que nous, nous insistons Ă  ne consommer que la baguette française ? Notre identitĂ© est en jeu", assène-t-il... C’est pour cette raison que M. Djilani Koubibi Bachir a investi sur le mode de la communication en organisant des journĂ©es d’information Ă  ce propos, ayant pour slogan : «Un retour aux sources».
Pour cela, notre organisme veille toujours pour ĂŞtre prĂ©sent aux diffĂ©rentes manifestations Ă©conomiques dont, par exemple, le Salon international de DJAZAGRO pour l’agro-alimentaire oĂą ce dernier nous donne l’opportunitĂ© d’ĂŞtre prĂ©sent auprès des professionnels et de favoriser les rencontres avec les industriels boulangers algĂ©riens.

La production est-elle suffisante par rapport Ă  la demande ?
La consommation moyenne quotidienne nationale de pain dĂ©passe 500 grammes par jour et par habitant. Près de 15 mille boulangers et plus de 300 meuniers rĂ©pondent Ă  cette demande. Les besoins en blĂ© tendre reprĂ©sentent ainsi un peu plus de 5 millions de tonnes par an. Des minotiers affirment que l’AlgĂ©rie n’a pas d’importants stocks de blĂ©. En cas de crise, le pays serait dans l’embarras. Pour mieux affronter la crise du blĂ©, M. Kobibi estime qu’au lieu d’importer le blĂ© Ă  raison de 171 dollars la tonne, l’on devrait doubler la mise des fellahs pour qu’ils puissent travailler. La dĂ©faillance viendrait, selon eux, d’un manque d’anticipation. Suivant la demande des clients, ses farines se fonts rares vis-Ă -vis de la culture du consommateur, car ce dernier est habituĂ© Ă  la consommation du pain blanc, un pain fabriquĂ© Ă  partir d’une farine de type 55, une farine pauvre en vitamines, sels minĂ©raux et fibres. Ces pains sont subventionnĂ©s par l’Ă©tat, fixĂ©s par l’Etat Ă  8 DA la baguette ; c’est l’Ă©quivalent de 7 centimes d’euro. Cela n’encourage pas le consommateur Ă  demander les pains spĂ©ciaux qui se vendent Ă  partir de 20 DA jusqu’Ă  40 DA.

Projetez-vous de lancer une nouvelle gamme de farine ?
On travaille actuellement sur le lancement d’une nouvelle gamme de farine qui sera une innovation pour les consommateurs algĂ©riens ainsi que pour notre marchĂ© sous le nom de Frena semoule, Frena omĂ©ga 3 et Frena viennoiserie.

Quelles sont vos sources d’approvisionnement ?
S’agissant d’un produit stratĂ©gique pour la couverture de la demande nationale et vu les insuffisances de la production des cĂ©rĂ©ales en AlgĂ©rie, l’importation, le stockage et la distribution sont confiĂ©s Ă  l’OAIC, donc les minoteries sont approvisionnĂ©es directement par cet organisme. Cependant, il serait prĂ©fĂ©rable d’encourager la production des diffĂ©rentes cĂ©rĂ©ales algĂ©riennes qui conviennent parfaitement Ă  la panification des pains spĂ©ciaux pour plusieurs raisons.
Sa valeur nutritionnelle : Ce sont des cĂ©rĂ©ales qui ne demandent pas des Ă©quipements trop perfectionnĂ©s pour la mouture.
La diminution du volume d’importation ce qui va permettre de faire des Ă©conomies sur la devise pour le trĂ©sorier algĂ©rien et, par consĂ©quence, avoir une plus grande autonomie alimentaire.

Votre pain est-il amélioré par des agents chimiques ?
En principe, nos farines ne contiennent aucun agent chimique et c’est la raison mĂŞme de leur dĂ©veloppement, d’autant plus que la fermentation de nos farines peut se faire avec de la pouliche ou le levain. La pouliche s’obtient en additionnant uniquement de l’eau Ă  la farine. Pour les boulangers professionnels, la pouliche est considĂ©rĂ©e comme un amidon naturel qui donne la force Ă  la pâte et amĂ©liore le goĂ»t.  

Quel type de four utilisez-vous ; si c’est le four traditionnel, pourquoi avez-vous optĂ© pour cette mĂ©thode de cuisson ?
Le choix du four est laissĂ© Ă  l’apprĂ©ciation du boulanger. De toute façon, pour des questions Ă©conomiques d’Ă©volution technique, il serait plus rentable pour le boulanger d’utiliser de four conventionnel «four Ă  dalle».

Rencontrez-vous des difficultés dans votre entreprise ?
Notre seule prĂ©occupation demeure le comportement du consommateur algĂ©rien qui prĂ©fère toujours consommer le pain blanc. Ce type de comportement, qui s’est dĂ©veloppĂ© Ă  partir des annĂ©es 70, touche une grande partie des consommateurs, notamment parmi la nouvelle gĂ©nĂ©ration qui n’ont pas connu la grande variĂ©tĂ© des pains traditionnels algĂ©riens. Aussi, nous souhaitons que les pouvoirs publics organisent des campagnes de subvention sur les intĂ©rĂŞts nutritionnels Ă©conomiques et financiers des pains spĂ©ciaux. 

Avez-vous l’intention d’engager des investissements ?
En matière d’investissement, nous envisageons d’implanter une boulangerie centrale industrielle de très grande capacitĂ© Ă  Alger pour faire la promotion des pains spĂ©ciaux au niveau de la rĂ©gion. Ces pains seront commercialisĂ©s dans les surfaces commerciales et dans les grandes boulangeries. Cette implantation nous permettra Ă  fidĂ©liser notre objectif, Ă  savoir celui de crĂ©er un centre de formation central Ă  Alger.
A. A. O.­­

Par : Ourida Ait Ali

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