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Edition du 18 Mars 2010



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Le football en Afrique du Sud
Une fête familiale dans les ex-ghettos noirs
18 Mars 2010

"Siwelele, wele, wele!". Au rythme de milliers de pieds synchrones frappant le ciment, le chant des supporteurs de l’équipe de football de Bloemfontein (centre de l’Afrique du Sud) déferle sur les tribunes.

Le stade Ramabodu, 20.000 places au cœur du principal township de la ville, déborde littéralement, une scène classique du championnat sud-africain héritée des années d’apartheid, où le football permettait aux communautés noires de se retrouver dans une ambiance de fête. Vieillards, hommes, femmes et enfants occupent le moindre espace libre. Une marée humaine, vêtue des blanc et vert de l’équipe locale des Celtics, escalade les barreaux encerclant la pelouse. Et ils chantent. Et ils dansent. Sans marquer une seconde de pause, pendant les 90 minutes du match. "Jamais ils ne quittent le stade", s’enthousiasme l’entraîneur Owen Da Gama. "J’ai joué en Belgique, en Irlande, je n’ai jamais vu un tel soutien. C’est quand ça va mal qu’ils sont le plus présents." Les centaines de milliers d’étrangers attendus pour la première Coupe du monde africaine, du 11 juin au 11 juillet, "vont être surpris par les supporteurs sud-africains", estime le coach.

Joie communautaire
"C’est tellement spécial, il n’y a aucune violence, aucune bataille" autour des matches, souligne-t-il. "Il faut que les gens viennent voir cela!" Entamée bien avant la rencontre, sur la route souvent parcourue à pied pendant des kilomètres, la fête ne cessera pas avant les petites heures de la nuit. En dépit de l’alcool et de la "dagga", marijuana locale, les violences qui ponctuent les championnats européens sont inconnues en Afrique du Sud. "Si je perds, c’est la fête. Si je gagne, c’est la fête", résume Shay, supporteur des Pirates de Soweto "depuis (sa) naissance il y a 49 ans". Une joie communautaire que ne partagent toujours guère les Blancs, seize ans après la chute officielle de l’apartheid, même si certains ont timidement goûté à la fête lors de la Coupe des Confédérations en juin dernier. La division raciale des sports continue de calquer l’histoire du pays. Au XIXe siècle, le football avait conquis les milieux populaires. Lorsque la ségrégation raciale fut systématisée, à partir de 1948, le ballon rond était déjà le sport des Noirs, contrairement au rugby qui incarnait les valeurs des Afrikaners, descendants des premiers colons.

Tout bascule en 1988
Aussi, aux pires heures de la répression, "presque tous les habitants du bidonville venaient le samedi et dimanche" voir les matches à Masenkeng, le terrain du plus vieux ghetto de Bloemfontein, raconte David Butiki Mokwena, 38 ans. "Comme aujourd’hui, toutes les activités cessaient alors dans le township", s’amuse ce fidèle des Celtics. Même les cérémonies religieuses s’adaptaient aux horaires des matches... Grâce au football, la communauté pouvait "s’amuser, chanter sans craindre les tracasseries policières", rappelle-t-il. Car chanter, pour les Noirs dans l’Afrique du Sud d’alors, revenait à risquer la prison pour incitation à la révolte. Puis, en 1988, ce fut le basculement. On a vu alors des milliers de poings se lever à l’hymne de la lutte, Nkosi Sikelel i’Afrika, lors de rencontres phares transmises à la télévision. "En autorisant l’épanouissement du football noir, le régime avait espéré créer une soupape de sécurité", analyse le journaliste et ex-militant Tony Karon. "Il a en fait contribué à l’éclosion d’un mouvement civil noir urbain qui a pris parti de manière décisive pour le mouvement de libération."


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