La campagne 2008-2009 de la cueillette des olives a dĂ©jĂ commencĂ©. Le coup de starter de l’opĂ©ration a Ă©tĂ© donnĂ© Ă partir du 15 dĂ©cembre dernier. Ă€ l’instar des autres rĂ©gions du pays, la Kabylie vit intensĂ©ment cet Ă©vĂ©nement qui ne passe pas inaperçu, non seulement par son rituel, mais aussi par ses retombĂ©es Ă©conomiques. Ceci, pour le cĂ´tĂ© visible de l’iceberg. Il y a aussi un autre cĂ´tĂ©, tout aussi important, mais dont on parle moins. Ce sont les accidents de toutes sortes induits par cette activitĂ©.
La rĂ©colte des olives est plus pĂ©nible que l’on y pense. Les risques sont nombreux pendant l’opĂ©ration de la rĂ©colte. MalgrĂ© l’absence de chiffres officiels, on peut conclure Ă travers des dĂ©clarations faites par des cultivateurs que l’activitĂ© de cueillette des olives en comporte plusieurs, pouvant engendrer des blessures, voire des dĂ©cès.
Mohand AmĂ©ziane, un vieil homme d’Ait Yahia Moussa, parle avec passion de son mĂ©tier lĂ©guĂ© par ses aĂŻeuls, mais n’omet pas de mettre en exergue les dangers qu’il comporte. Il en identifie trois : Premièrement, le relief escarpĂ© des oliveraies de la rĂ©gion centre du pays. Les chemins Ă©troits et les rivières rendent la circulation et le transport de l’olive plus difficile, mĂŞme si aujourd’hui, des ponts et des pistes, plus ou moins praticables, ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s. Par ailleurs, avec tous ces maquis de la rĂ©gion, le paysan est forcĂ© de transporter ses caisses chargĂ©es d’olive Ă dos d’âne.
Deuxièmement, la pĂ©riode de la rĂ©colte. C’est en hiver que l’olivier donne ses fruits. Cette conjoncture rend l’activitĂ© de cueillette plus pĂ©nible est plus dangereuse. Quand l’olivier est mouillĂ©, la couche supĂ©rieure de l’arbre devient glissante. Grimper sur l’arbre dans ces conditions constitue un rĂ©el danger. « Des dizaines de personnes se blessent Ă chaque saison de rĂ©colte, et, parfois, il y en a mĂŞme qui dĂ©cèdent », rĂ©vèle Mohand Ameziane. Il affirme qu’une quinzaine de personnes de son village sont mortes en tombant d’un olivier. Il ajoute que parmi les raisons qui poussent le cultivateur Ă grimper au sommet de l’arbre, il y a l’ exigence d ‘ une bonne exploitation de l’olivier, qui nĂ©cessite une rĂ©colte qui se fait exclusivement Ă la main car le gaulage, procĂ©dĂ© souvent utilisĂ©, dĂ©truit l’arbre, soutient notre interlocuteur.
Cela dit, le danger a juste changĂ© de nature depuis quelques annĂ©es, Ă en croire Mohand Ameziane. Les risques d’aujourd’hui sont plus importants que ceux qui ont accompagnĂ© la cueillette des olives des siècles durant. Ainsi l’aspect sĂ©curitaire vient se greffer aux dangers traditionnellement admis par les habitants de la rĂ©gion. Les oliveraies sont en effet situĂ©es, pour la plupart, loin des villages.
Avec des prix allant de 450 Ă 600 DA le litre, du moins selon les prix pratiquĂ©s jusque-lĂ , le villageois ne semble pas aussi content, en considĂ©rant les risque de ce mĂ©tier et les vertus thĂ©rapeutiques inĂ©galables de l’huile d’olive, a suggĂ©rĂ© Mohand AmĂ©ziane .
MalgrĂ© tous ces risques, Mohand AmĂ©ziane n’est guère prĂŞt Ă renoncer Ă ce mĂ©tier. La campagne de la cueillette des olives reste une manifestation qui se distingue par beaucoup de facteurs qui n’ont de sens que la force d’une communautĂ© Ă vivre dans l’union et la solidaritĂ©. Une activitĂ© traditionnelle Ă la fois Ă©conomique et culturelle et une occasion pour les villageois de montrer leur sens de la solidaritĂ©, pour son importance dans la vie quotidienne. D’ailleurs, elle constitue une source de revenus très considĂ©rable pour des familles entières.
Y. B.