Malaïka, ce mot qui, en Afrique, du Sud comme du Nord, signifie ange, résume le charisme émouvant qui, à travers les immensités africaines et les décennies, s’est transmis aux très jeunes choristes algérois de «Safir» comme à ceux de la chorale «Africa» composée d’étudiants venus de différents pays du continent.
«Nakupenda Malaïka : Adieu mon ange» ont scandé avec beaucoup de ferveur de jeunes choristes lors de l’hommage rendu par la radio algérienne à Miriam Makeba dimanche soir. Les voix de ceux qui sont trop jeunes pour avoir connu Miriam Makeba ont, cependant, fait vibrer une assistance, triée sur le volet, dont une bonne partie l’a connue, admirée et aimée sans jamais parvenir à l’oublier. C’est notamment le cas de M. Ammar Azzouz, ex-ministre du Travail et de la Formation professionnelle, compositeur et parolier connu, qui, contacté quelques minutes avant le spectacle, a déclaré : «Elle m’a personnellement beaucoup marqué. C’est un personnage absolument inoubliable. Ce qui est remarquable c’est que toutes ses œuvres exprimaient un engagement total et actif pour la libération de l’Afrique et la justice sociale. Elle était d’une modestie et d’une simplicité exemplaire alors que c’était un véritable monstre artistique doté de capacités vocales et musicales hors pair. Elle a refusé au nom de ses idéaux de véritables ponts d’or. C’était vraiment quelqu’un de très bien…. » Malaïka, ce mot qui en Afrique du Sud comme en Afrique du Nord, signifie ange, résume donc le charisme émouvant qui à travers les immensités africaines et les décennies s’est transmis aux très jeunes choristes algérois de «Safir» comme à ceux de la chorale «Africa» composée d’étudiants venus de différents pays du continent. Les deux formations ont repris à tour de rôle, puis ensemble avec plus d’enthousiasme que d’excellence, quelques uns des succès de la regrettée diva. Notamment, Pata Pata, Malaïka et Freedom, des airs venus de la pointe de l’Afrique et qui ont fait danser la planète entière. Contactés à l’issue du spectacle, Levison Monongi, jeune Zimbabwéen étudiant l’agronomie à Blida, M. Augustin Rulinda pasteur de l’église protestante de la Sainte trinité où se produit chaque semaine la chorale «Africa» et M. Hakim Lemdani, fondateur de la chorale Safir, ils baignaient encore dans les moments d’intense jubilation partagés sur scène. Après avoir chanté, dansé et swingué leur attachement à Mama Africa, ils l’ont encore dit et redit dans les coulisses. En première partie du spectacle, Mohamed Lamari, chantant en orphelin la célèbre chanson Africa, écrite par Mustapha Toumi et mise en musique par Lamine Bechichi, a offert une prestation d’une sincérité remarquable. Celui qui a interprété «Che Guevara» avec brio semble n’avoir rien perdu de son style fougueux. L’ambiance de cette soirée organisée conjointement avec l’ambassade d’Afrique du Sud dont le représentant sur scène, M. Mongezi Mnguni, donnait avec une diction parfaite la réplique à l’animatrice algérienne, a connu un pic d’émotion insoutenable lors de la projection d’images tirées des archives de la radio. Les yeux pleins d’une insondable tristesse, la voix rauque, un peu essoufflée, c’est ainsi que les spectateurs ont revu «leur» Miriam Makeba. Celle du festival Panafricain de 1969, et celle de Juillet 1972 venur fêter le dixième anniversaire de l’Indépendance algérienne à la salle Atlas de Bab-El-Oued devant des milliers de fans. Ils ont redécouvert dans sa force et sa vulnérabilité, celle qui a fait accourir la jeunesse des quartiers populaires et des faubourgs d’Alger. Ils l’ont de nouveau entendu expliquer avec une voix douce, tendre, tellement désolée, que dans son pays on n’est pas libre parce qu’y sévit cette ignominie nommée apartheid. Puis, la cantatrice explose littéralement, son chant n’est qu’un cri, elle est la Femme et elle est l’Afrique incarnée. Indomptable est son âme portée par ce chant qui a tétanisé le monde. «Dans le giron des Frantz Fanon, des Aimé Césaire et tant d’autres lumières qui ont éclairé notre route combattante, elle a fait sa part de travail en donnant une voix à l’Afrique et de la chaleur à la nuit froide qui nous était faite», a déclaré lors de son allocution M. Maqetuka, ambassadeur d’Afrique du Sud, citant le texte de condoléances que le président de la République algérienne a adressé à l’Afrique du Sud lors du décès de la chanteuse. «Miriam Makeba était le souffle, la voix et le visage de ceux qui souffrent et se battent pour leurs liberté», a, pour sa part, déclaré M. Tewfik Khelladi, DG de la Radio algérienne qui a ouvert la cérémonie. Ainsi dimanche soir, quelques centaines de personnes ont de nouveau vibré à l’évocation de celle qui a bercé l’enfance de tant d’Algériens. Une question pourtant s’impose d’elle-même. Après cet hommage très VIP, à quand un hommage réellement populaire qui permettra de se recueillir, à la mémoire de Mama Africa à des millions de citoyens humbles et anonymes pour qui elle a été la sœur, la mère, porteuse de tous les espoirs de combats ? Ceux aux yeux desquels Malaïka mérite une démultiplication des hommages.