Le Midi Libre - Culture - Une compilation de tĂ©moignages sur l’homme islahiste
Logo midi libre
Edition du 27 Septembre 2008



Le Mi-Dit

Caricature Sidou


Archives Archives

Contactez-nous Contacts




’’Cheikh Mohamed El Bachir El Ibrahimi, le prĂ©curseur’’
Une compilation de tĂ©moignages sur l’homme islahiste
27 Septembre 2008

’’Cheikh Mohamed El Bachir El Ibrahimi, le prĂ©curseur’’ est l’intitulĂ© de l’ouvrage paru chez les Ă©ditions Alem el Afkar. L’auteur Nour-Eddine Khendoudi a jugĂ© utile de rĂ©unir des hommages et tĂ©moignages sur l’enfant de Ras el Oued (1889-1905) dont l’Ijtihad n’Ă©tait pas un vain mot, comme l’Ă©crivait Mohamed Iqbal, sinon ’’le principe de mouvement dans lequel s’exprime la puissance crĂ©atrice de l’Islam (…)’’.

L’ouvrage de 150 pages est une compilation de documents sur l’un des pionniers de l’Association des UlĂ©mas, un bâtisseur d’Ă©cole et formateur d’hommes que certaines personnalitĂ©s ont consignĂ©s pour la postĂ©ritĂ©. Roger Garaudy avait Ă©crivit, en 1985, que Cheikh Mohamed Bachir El Ibrahimi fut ’’le continuateur, pour la rĂ©novation de l’AlgĂ©rie, de l’Ĺ“uvre rĂ©formatrice entreprise en Egypte par El Djamel eddine El Afghani, Mohamed Abdou et Rachid RĂ©da (…)’’. Et de poursuivre plus loin qu’il fut, avec Ibn Badis, ’’l’âme d’une vĂ©ritable rĂ©volution culturelle en AlgĂ©rie, qui rendit possible la libĂ©ration du peuple algĂ©rien. Sa tâche Ă©tait immense, et il refusait les idĂ©es de Zya Gokalp, en Turquie, mises en pratique par Mustapha Kemal, qui, confondant modernisation avec occidentalisation, faisaient perdre Ă  l’Islam son âme par une imitation mĂ©canique de l’Occident et le conservatisme aveugle de ceux qui, entrant dans l’avenir Ă  reculons, ne lisaient le Coran qu’avec les yeux des morts’’. L’Ĺ“uvre gigantesque qu’il mit en oeuvre avec Ibn Badis, El Mili, Al Khalifa, El Okbi, etc, Ă©tait axĂ© sur l’Ă©ducation, Ă  la fois ’’contre l’Ă©cole dĂ©personnalisante de l’occupant colonialiste qui tentait de dĂ©raciner l’enfant algĂ©rien de sa culture’’. A travers un programme qui reposait sur le renouveau de la pensĂ©e musulmane, il avait tissĂ© un maillage de confĂ©rences avec ses pairs du mouvement islahiste visant Ă  ’’lutter contre l’aspect social, le charlatanisme qui prĂ©valait Ă  l’Ă©poque. Son souci majeur Ă©tait de combattre les sĂ©quelles de la dĂ©cadence toujours prĂ©sente dans la mĂ©moire de la nation en mobilisant son Ă©nergie contre l’obscurantisme maraboutique, si opposĂ©, par ses superstitions et ses intercessions, Ă  l’esprit de l’Islam (et choyĂ© pour cette raison par l’administration coloniale) et dĂ©nonçant l’enseignement pĂ©rimĂ© de l’Islam qui momifiait la sociĂ©tĂ© et la stĂ©rilisait par la simple rĂ©pĂ©tition du passĂ©’’. La problĂ©matique, donc, relevait Ă  juste titre, Roger Garaudy Ă©tait de libĂ©rer le colonisĂ© de ce carcan qui se rĂ©sume dans ’’le double piège’’. Il ne s’agit nullement donc, de ’’confiner le mode de vie qu’est la Shariah dans la rĂ©pĂ©tition figĂ©e des règles qui ont magnifiquement rĂ©gi la vie communautaire islamique, il y a un millĂ©naire, mais au contraire l’effort crĂ©ateur pour modeler les sociĂ©tĂ©s d’aujourd’hui, dans des conditions historiques radicalement nouvelles qui exigent des initiatives et des mĂ©thodes nouvelles, selon le message Ă©ternel de l’Islam’’, explique Roger Garaudy. L’occupant ne se trompait pas sur l’importance de travail en profondeur : dès le mois de mars 1940, cheikh El Ibrahimi Ă©tait exilĂ© en rĂ©sidence surveillĂ©e pendant trois longues annĂ©es. L’immense mĂ©rite des [islahistes] fut de remonter, au-delĂ  des spĂ©culations thĂ©ologiques, des gloses et des arguties juridiques accumulĂ©es au long des siècles, jusqu’Ă  la source vivante : la RĂ©vĂ©lation coranique, et l’exemple du prophète, et de procĂ©der comme l’avaient fait les grands jurisconsultes qui avaient travaillĂ© Ă  atteindre, dans des conditions historiques nouvelles, les objectifs Ă©ternels que nous assigne la parole divine, commente l’islamologue R. Garaudy. Bachir El Ibrahimi qui occupa une chaire dans un des plus grands lycĂ©es Ă  Damas Ă  la fin des annĂ©es dix du XXe siècle, exerça une influence sur le mouvement scientifique et littĂ©raire qui prĂ©valait en Syrie. Il Ă©tait ’’un grand homme de lettres, comme en tĂ©moigne son Ĺ“uvre poĂ©tique qui ne comporte pas mois de 36.000 vers’’, Ă©crit Boualem Bessaih. Les hommes de lettres du Moyen Orient, fortement impressionnĂ©s par son style, sa rhĂ©torique et sa rigueur morale, l’ont surnommĂ© l’OcĂ©an en hommage Ă  ses facultĂ©s inĂ©puisables. Selon un de ses Ă©lèves Ă  Damas, Jamil Salaba, [Bachir el Ibrahimi ]’’recourrait pour nous faire comprendre Ă  une explication prĂ©cise et parfaite les Ĺ“uvres littĂ©raires d’El MĂ»tanabbi, El BĂ»htourri et Abou Temam. Son analyse littĂ©raire Ă©tait d’une rare beautĂ© de style. Il a rĂ©ussit Ă  enraciner en nous l’amour e la langue arabe et sa littĂ©rature’’. L’initiateur du mouvement rĂ©formiste Ă©tait un artisan de l’esprit collectif et un dĂ©fenseur des valeurs de l’Islam. Ses vastes connaissances, la diversitĂ© de sa culture et son authenticitĂ© Ă©tait comparables Ă  une lame Ă  double tranchant : en Ă©crivant, il innovait ; en dialoguant, il persuadait ; en discourant, il soulevait la fougue des citoyens contre le colonialisme. ’’On ne saurait en quelques mots, caractĂ©riser la pensĂ©e d’un tel homme (Bachir El Ibrahimi). Seules une Ă©tude patiente et une interprĂ©tation minutieuse peuvent faire saisir de quelle manière un homme acculĂ© aux limites de l’ĂŞtre y retrouve, par sa foi en tant que musulman, la possibilitĂ© d’une nouvelle forme de lutte, nourrie de l’expĂ©rience de la souffrance d’un peuple opprimĂ©’’, notait Mohamed Badri. Malek Haddad Ă©crivait Ă  son sujet : ’’Les historiens de demain qui se pencheront sur la personnalitĂ©, sur l’Ĺ“uvre et sur l’entreprise de Cheikh El Bachir el Ibrahimi, seront fascinĂ©s par la densitĂ© et la multiplicitĂ© d’une pensĂ©e qui sut transcender son obsession nationale et nationaliste pour imaginer et projeter dans l’avenir une AlgĂ©rie rĂ©habilitĂ©e dans sa culture et raccordĂ©e d’avec la civilisation des temps modernes’’. Dans le domaine de la religion, il s’intĂ©ressa Ă  l’essentiel et au fond en s’attelant Ă  la consolidation de la foi et Ă  la lutte contre les dĂ©rives et l’hĂ©rĂ©sie. Il fustigea le gaspillage que reprĂ©sente le sacrifice du mouton accompli durant le pèlerinage Ă  Mena au lieu de destiner cette viande aux musulmans nĂ©cessiteux Ă  travers les diffĂ©rentes rĂ©gions de la nation. C’est le cas aujourd’hui puisque la viande est collectĂ©e puis distribuĂ©e Ă  ceux qui en ont besoin. Comment Bachir El Ibrahimi perçoit-il la position des intellectuels en AlgĂ©rie ? Avons-nous des intellectuels ? s’interroge le Cheikh qui ne vise ni la quantitĂ© ni la qualitĂ© de cete ‘’matière grise’’ sinon, Ă©crit-il que ’’le plus grand flĂ©au qui mine notre culture est que nous avons deux cultures diffĂ©rentes qui ne cessent de tirailler cette nation. Il y a ceux qui embrassent la culture islamique et [qui se complaisent] dans l’ignorance totale des situations du siècle et de ses exigences (…). Le dĂ©faut des partisans de la culture europĂ©enne est l’ignorance la plus totale des vĂ©ritĂ©s de l’Islam, de sa morale, de sa biensĂ©ance, de son histoire qui est son phare lumineux, ainsi que sa langue qui en est l’interprète fidèle (…). LĂ -dessus, la vĂ©ritĂ©, poursuit-il, vire complètement : les intellectuels deviennent un mal pour la nation, alors qu’ils devraient ĂŞtre son remède. Nous n’avons d’autre alternative que de rassembler les deux cultures dans un mĂŞme moule.’’ F. B. H.

Par : Farouk Baba-Hadji

L'édition du jour
en PDF
Le Journal en PDF
Archives PDF

El Djadel en PDF
El-Djadel en PDF

Copyright © 2007 Midilibre. All rights reserved.Archives
Conception et réalisation Alstel