Le Midi Libre - entretien - Complice malgré lui (2e partie et fin)

Edition du 26 Octobre 2011



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Cambriolage
Complice malgré lui (2e partie et fin)
26 Octobre 2011

Résumé : Un matin, Abderrahmane, 62 ans, prend en stop une jeune fille de 22 ans qui tient des propos qui l’étonnent.

Abderrahmane répliqua à la jeune fille :
- Non, ma fille…il ne faut pas parler de cette manière. Vous êtes jeune et il faut faire attention aux propos que peuvent tenir les gens à votre sujet.
- Mais je ne suis pas avec un voyou… je suis en compagnie d’un honnête homme.
- Merci pour le compliment mais les gens l’ignorent parce qu’ils ne me connaissent pas.
- Et maintenant, vous me donnez votre numéro ou non, monsieur ?
- Je vais vous le donner…
Abderrahmane communiqua son numéro de mobile et la jeune fille l’appela aussitôt.
- Voilà, maintenant vous aussi vous avez mon numéro… Ainsi vous pourrez m’appeler quand vous voulez. Moi, je n’oserai pas vous appeler parce que je risquerais de vous créer des problèmes avec votre femme.
Abderrahmane éclata de rire encore :
- Ah ! j’ai bien ri aujourd’hui… Vous pouvez m’appeler à minuit si vous voulez ; ma femme ne dira rien et ne soupçonnera rien. Quand j’étais jeune et beau je ne l’ai pas trompée et ce n’est pas à 62 ans que je vais commencer… ça y est le train est passé pour moi…
- Oh ! Le vilain langage… Il n’est jamais trop tard pour bien faire, vous savez. Et puis vous n’êtes pas si vieux que cela… Et vous êtes encore bel homme.
- S’il vous plait mademoiselle, descendez sinon vous arriverez en retard à votre travail
- … Bon… Nous sommes à Alger… ça ne fait rien si je vous dépose à Tafourah ? De toutes les manières à cette heure-ci pour se déplacer à Alger, les pieds valent beaucoup mieux que les roues…
- Oh ! C’est parfait… il est 7h45… Je vais arriver à l’heure à mon travail grâce à vous.
- Non, grâce à Dieu qui a fait se croiser nos chemins…
Au moment où la jeune fille allait descendre elle lui lança :
- Je m’appelle Yasmine et ce soir à 17h, je me trouverai à Tafourah… Si vous voulez, nous pourrions faire le chemin du retour ensemble ?
- Oui, pourquoi pas ?
La première chose que fit Abderrahmane en arrivant à son travail fut de se regarder dans un miroir pour vérifier les dires de la jeune fille. En examinant de très près ses rides, il constata qu’elles n’étaient pas aussi marquées qu’elles le sont sur d’autres personnes. Ah ! se dit-il Yasmine, n’avait pas tort du tout… Elle avait même raison ; il avait de beaux restes !
En fin d’après-midi, ils refirent le chemin ensemble. Et le lendemain, et le surlendemain Abderrahmane et Yasmine se revirent. Petit à petit, le sexagénaire, plusieurs fois grand-père, oublia que sa jeune amie avait presque le même âge que l’une de ses petites-filles et il tomba amoureux d’elle ! Oh ! La belle catastrophe !
Au matin du dixième jour, elle lui demanda un étrange service. Elle lui avait confié un trousseau de trois clefs et lui demanda d’en faire des doubles. Elle lui donna également un billet de 500 DA
- Moi, je n’ai pas le temps de faire des doubles, tu peux t’en charger,
Abderrahmane ?
- Qu’est-ce qu’elles ouvrent ces clefs ? s’enquit-il.
- La villa de ma sœur…
- La villa de ta sœur ?
- Il faut que je vous explique. Elle et son mari s’absentent souvent… Et quand ils s’absentent c’est moi qui surveille leur maison… J’y passe la nuit, j’étends du linge… histoire de dissuader les éventuels rodeurs et voleurs…
- Hum…c’est une bonne idée…
Quelques jours plus tard, sur le chemin du retour en fin d’après-midi, Yasmine demanda à Abderrahmane :
- Tu peux me déposer devant la villa de ma sœur pour que je nourrisse ses oiseaux ?
- Oui… Sans problème.
La voiture s’arrêta devant la villa et Yasmine y entra en utilisant les doubles des clefs qu’avait commandées Abderrahmane quelques jours plus tôt. Soudain, il se passa quelque chose d’inattendu : il vit des policiers entrer dans la villa. Il comprit que quelque chose d’anormal se passait et il voulut s’en aller mais des policiers ouvrirent la portière de sa voiture et lui passèrent des menottes ! Abderrahmane avait l’impression de rêver tant la scène qu’il vivait étaient inhabituelle pour lui.
Ce n’est qu’au poste de police qu’il compris ce qui lui était arrivé. Après un long interrogatoire, Yasmine avoua qu’elle en voulait aux bijoux de sa sœur qui habitait effectivement dans la villa où elle avait été surprise en flagrant délit de cambriolage. Sa sœur ne l’avait jamais chargée de veiller sur sa villa. En revanche, son mari avait demandé à des voisins d’alerter la police si jamais ils constataient quelque chose d’anormal. C’est ce qu’ils avaient fait lorsqu’ils avaient vu Yasmine entrer dans la villa pendant que son complice attendait dans la voiture. Parce que c’était ainsi qu’Abderrahmane avait été perçu par le voisin qui avait téléphoné à la police : il était le complice qui faisait le
guet !
Devant le procureur de la République Abderrahmane eut du mal à convaincre qu’il avait été manipulé par la jeune fille qui lui avait fait croire qu’il pouvait être son ami parce qu’il n’était pas aussi vieux qu’il le croyait alors qu’en réalité tout ce qu’il l’intéressait c’était de trouver quelqu’un qui l’aiderait à s’éloigner au plus vite de la villa une fois son forfait accompli.
Au tribunal d’El-Harrach où il s’est retrouvé Abderrahmane réitéra ses dires tout en baissant la tête de honte. Il s’était retrouvé malgré lui complice d’un cambriolage !
Comment regarderait-il désormais les maris de ses filles et les épouses de ses fils ? Il aurait voulu que le sol s’ouvre, l’engloutisse et le fasse à disparaître à jamais.
Trois ans de prison ferme ont été requis contre lui et contre Yasmine.
Cette dernière, en attendant le verdict final, a été placée en détention.

Par : Kamel Aziouali

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