Le Midi Libre - Supplément Économie - «Le dialogue permanent est nécessaire»

Edition du 12 Janvier 2011



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Tensions sociales face à l’inflation et au chômage en Algérie
«Le dialogue permanent est nécessaire»
10 Janvier 2011

L’âge moyen de nos filles et garçons d’environ 20 ans en 2011, sera dans 30 ans de 50 ans et entre temps ayant une exigence comme tout Algérien avoir un emploi, un logement, se marier et donc avoir des enfants, donc une demande sociale croissante. Aussi, il faut à tout prix éviter d’avoir un mépris pour ce grand peuple et le considérer comme un peuple mineur car la jeunesse algérienne est capable de miracles pour peu que les gouvernants lui tiennent un discours de vérité grâce à une nouvelle communication et une gouvernance rénovée.

I-. Le monde est devenu une grande maison de verre avec la révolution du système des télécommunications et c’est la fin de la vision dictatoriale de certains dirigeants qui veulent voiler non pas à leurs populations qui connaissent la dure réalité mais au monde extérieur. Ainsi, en affirmant officiellement que le taux d’inflation est d’environ 4,5% en 2010 alors qu’il était de 5,5% en 2009, le taux de chômage de 10% conte 11% en 2009, on peut se demander si certains responsables vivent en Algérie et s’ils ne sont pas déconnectés de la dure réalité du vécu des Algériens. Comme je l’annonçais dans plusieurs contributions largement diffusées au niveau des sites internationaux entre 2007/2009, que nos responsables visitent l’Algérie profonde et ils constateront une détérioration du pouvoir d’achat de la majorité de la population algérienne (un Etat riche mais une population de plus en plus pauvre) et que des centaines de milliers de jeunes jalonnent les murs ou s’adonnent à des ventes à la sauvette. Depuis fin 2007 avec une accélération entre juin 2010 et janvier 2011, et surtout depuis les six derniers mois, ils constateront une flambée des prix sans égale sachant que 70% des salariés ayant un revenu, en termes réels inférieur à 20.000 dinars net par mois consacrent plus de 80% de ses revenus aux besoins de première nécessité, la cellule familiale, la sphère informelle et les transferts sociaux (prévision pour 2011 de 1.200 milliards de dinars soit 18% du budget général de l’Etat et plus de 10% du produit intérieur brut du pays mais mal ciblés et mal gérés) permettant une paix sociale fictive éphémère grâce aux recettes des hydrocarbures, la machine économique étant en panne. Beaucoup de perte de temps dans la réforme globale, des replâtrages sans vision stratégique des discours d’autosatisfaction en contradiction avec la réalité tant locale que mondiale qui annonçaient inéluctablement des tensions sociales. Le taux de chômage annoncé ferait pâlir les pays développés alors que les emplois temporaires se concentrent en majorité sur des segments comme faire et refaire les trottoirs ou désherber les routes sans création véritable de valeur ajoutée. Dès lors le taux croissance est irrigué par les hydrocarbures en presque totalité et donc que les taux officiels de l’inflation et du taux de chômage déclarés sont des taux fictifs. Comment mener une politique socio- économique cohérente si l’on se base sur des données non fiables ?

II.-En fait l’Algérien ne vit-il pas un drame shakespearien, en pensant à ce monde imagé par le célèbre écrivain Kafka, dominé par l’absurde et l’irrationnel. L’intelligence ne suppose t-elle pas l’adaptation aux situations, ou la débrouillardise, les passe-droits sont devenus la règle, expliquant fondamentalement cette corruption, cette maladie du corps social qui tend à se généraliser et à se socialiser ? Et c’est là que nous retrouvons les fondements des œuvres à la fois du grand philosophe allemand Kant et des anthropologues sur la rationalité qui est relative car historiquement datée et du psychiatre Freud et n’avons pas plus besoin de psychiatres pour décoder la société algérienne ? Combien de milliers d’exemples peuvent être cités qui peuvent être généralisées dans maints segments de la sphère sociale, loin des schémas théoriques des bureaux climatisés des bureaucrates algériens ?

III.-La dépense publique grâce aux hydrocarbures dont les réserves de change clôturée à fin décembre 2010 dépassent 150 milliards de dollars, ( plus de 400 milliards de dollars entre 2004/2014 dont aucun bilan n’a été fait ) non proportionnelle aux impacts explique en partie le faible taux de croissance et le retour de l’inflation, des pays du pourtour méditerranéen dépensant deux fois moins et ayant des résultats deux fois supérieurs selon les statistiques de l’OCDE de 2010, dépenses destinées pour plus de 70% aux infrastructures et non au savoir et aux entreprises s’insérant dans le cadre des valeurs internationales seuls créateurs de richesses véritables. Cela montre un gaspillage financier comme le démontre le programme de 286 milliards de dollars entre 2010/2014 dont 130 milliards sont des restes à réaliser du programme 2004/2009. Comment avec un taux de croissance avoisinant 2/3% entre 2006/2010 peut-on, afficher un accroissement de l’emploi utile supérieur aux années précédentes inférieur au taux de croissance de la population active, où le taux était 5% ? Cela contredit les règles élémentaires de l’abc de l’économie. Ce qui explique qu’en décembre 2010, le Premier ministre algérien ait affirmé devant le conseil de la Nation que parmi les les enjeux futurs de son Exécutif, il faut réduire et rationaliser les dépenses publiques, que l’entreprise doit prendre la relève si l’on veut éviter une dérive économique et sociale. Il ya donc urgence d’une meilleure visibilité, évitant cette instabilité juridique perpétuelle et d’une réorientation de la politique économique, le principal défi pour l’Algérie étant la maitrise du temps afin de mieux s’insérer dans le cadre des nouvelles relations internationales à l’instar des pays émergents.

IV-Que les responsables disent la vérité à la population algérienne, évitant de lui vendre de l’utopie source de névrose collective, l’épuisement des hydrocarbures étant pour bientôt, tenant compte du bouleversement de la carte énergétique mondiale supposant un nouveau modèle de consommation énergétique dont l’axe directeur est les énergies renouvelables. Au maximum 16 ans pour le pétrole et moins de 25 ans pour le gaz, moins si le cours du million de BTU reste inférieur à 10 dollars à prix constants 2010 étant actuellement avec la révolution du gaz non conventionnel entre 4/5 dollars, à moins d’un miracle. C’est qu’en 2009 la production d’hydrocarbures en Algérie s’inscrivait en légère baisse à 222,5 millions Tep contre 231,9 millions de Tep en 2008, selon le rapport du groupe Sonatrach. Les gisements exploités en association avec des compagnies étrangères y ont contribué pour 68 millions de Tep, soit 31% de la production globale, le gaz naturel ayant constitué l’essentiel de la production d’hydrocarbures en Algérie en 2009 avec 64% des parts dans la production globale, le pétrole 26%, condensat (6%) et le GPL 4%. Et si les cours du gaz sur le marché libre se maintiennent au niveau actuel après que les contrats à moyen terme arrivent à expiration entre 2012/2014 qu’adviendra t-il du financement futur de l’économie algérienne pouvant découvrir des milliers de gisements mais non rentables financièrement( l’important étant le couple prix international et non l’aspect physique ) d’autant plus que la loi de finances 2011 annonce la couleur. Le solde global du Trésor en 2011 résultante d’une ressource publique de 2.992 milliards de dinars et d’une dépense globale de 6.618 milliards, se répartissant en 3 434 milliards, au titre du fonctionnement et en 3 184 milliards, au titre de l’équipement connaîtrait un déficit de 3 355 milliards de dinars, les ressources additionnelles du Fonds de régulation des recettes de l’Algérie devant atteindre 780 mds DA ( différence entre le cours réel le cours adopté par la loi de finances à 37 dollars) existe une différence de 2404 milliards de dinars soit plus de 32 milliards de dollars au cours actuel où l’on devrait puiser inéluctablement dans le stocks du fonds de régulation qui est passé de 4 280 milliards de DA, à fin décembre 2008, à 4 316 milliards de DA au 01 janvier 2010 et à 4800 milliards de dinars fin 2010. Ce d’autant plus que pour maintenir le rythme de la dépense publique le FMI dans son rapport d’octobre 2010 prévoit une importation de biens pour l’Algérie de plus de 51 milliards de dollars pour 2011/2012.

V.-C’est que l’Algérie reste un pays dynamique plein de vitalité et comment ne pas constater l’enthousiasme de cette jeunesse qui au moment de certaines victoires du football ( hélas oublié avec le retour en force des harragas) déferlée de joie à travers toutes les rues de l’Algérie loin de toute manipulation politique et brandissant avec joie et fierté l’étendard, le drapeau Algérie. Et comment donc ne pas penser un seul instant qu’elle constitue une force dynamique de développement, beaucoup plus importante et pérenne que toutes les ressources en hydrocarbures. Comment enfin ne pas penser à son devenir car l’Algérie dans trente (30) ans c’est -à dire demain, avec une population qui approchera 50 millions d’habitants avec l’épuisement des ressources en hydrocarbures. L’âge moyen de nos filles et garçons d’environ 20 ans en 2011, sera dans 30 ans de 50 ans et entre temps ayant une exigence comme tout Algérien avoir un emploi, un logement, se marier et donc avoir des enfants, donc une demande sociale croissante. Aussi, il faut à tout prix éviter d’avoir un mépris pour ce grand peuple et le considérer comme un peuple mineur car la jeunesse algérienne est capable de miracles pour peu que les gouvernants lui tiennent un discours de vérité grâce à une nouvelle communication et une gouvernance rénovée. En raison de la défiance nourrie à l’endroit du militantisme partisan et ses satellites, les formations politiques actuelles ont de plus en plus de difficultés aujourd’hui de faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, de contribuer significativement à la socialisation politique, et la solution de facilité est de bureaucratiser la société en croyant au miracle juridique, pondre des lois toujours des lois que contredisent les pratiques sociales, qui constitue un facteur paralysant. -C’est que le fondement du système entre 1962 à 2011 reposant sur la rente reste le même, reposant sur la rente des hydrocarbures impliquant donc une profonde mutation systémique si l’on veut lever les contradictions et être au diapason du monde moderne.
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Par : Abderrahmane MEBTOUL, Professeur, expert international en management stratégique

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