Le Midi Libre - LE MI-DIT - Les Afghans entre expulsions et invitations, la France des paradoxes

Edition du 9 Janvier 2010



Le Mi-Dit

Caricature Sidou


Archives Archives

Contactez-nous Contacts




Les Afghans entre expulsions et invitations, la France des paradoxes
9 Janvier 2010

«Les jeunes qui viennent sont de la province du sud, là où il y a la guerre. Ils sont obligés de choisir, soit ils rejoignent les talibans, soit ils rejoignent le gouvernement, soit ils sont obligés de s’enfuir. Le meilleur endroit pour s’enfuir, c’est les pays européens».

Le paradoxe est une tradition française, c’est du moins ce que peuvent constater les Afghans qui ont été expulsés et ceux invités en France. Pour neuf Afghans expulsés par le ministre de l’Immigration, Eric Besson, cent sont invités par le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à séjourner en France, nourris, logés avec une bourse d’études de 750 euros par mois pour une durée de 6 ans.
Le mercredi 16 décembre 2009, Eric Besson a annoncé, à la sortie du conseil des ministres, qu’il avait renvoyé neuf ressortissants afghans dans leur pays. Cette affirmation a suscité la colère des associations et des personnalités politiques de gauche comme de droite, l’Afghanistan étant toujours en proie à de violents combats. D’autant plus que l’ambassadeur d’Afghanistan à Paris, Omar Samad a déclaré que les neuf expulsés n’avaient pas reçu de laissez-passer de la part des autorités afghanes puisqu’ils étaient renvoyés contre leur gré tout en précisant qu’il n’y avait «pas d’accord entre Paris et Kaboul permettant un laissez-passer européen.»
Le ministre de l’Immigration a affirmé que ces Afghans expulsés n’étaient pas en danger puisqu’ils sont "originaires de villes situées à proximité de Kaboul". Or le gouvernement afghan a démenti formellement, par l’intermédiaire du général Mohammad Omar Ayar, vice-ministre aux réfugiés et au rapatriement, en affirmant que ces migrants ne sont pas de la capitale, mais "originaires de provinces où il y a la guerre, les talibans, le terrorisme".
Interviewé par le correspondant de la radio d’Europe 1 à Kaboul, un des trois jeunes expulsés témoigne : "Ils nous ont ramené sur la terre de la mort. Moi, je vais mourir ici. Le ministre français n’est jamais venu ici. Il est assis sur un fauteuil en France. Il ne sait pas que les gens se font tuer ici.»
Pour justifier cette expulsion, le porte-parole du gouvernement, Frédéric Lefebvre, avait déclaré : «Alors que de nombreux pays du monde, dont la France, sont engagés en Afghanistan, qui pourrait comprendre que des Afghans, dans la force de l’âge, n’assument pas leur devoir et échappent à la formation que, notamment, les forces françaises leur proposent pour défendre leur propre liberté dans leur pays ?» En cas où les associations de défense des droits des étrangers n’auraient pas compris, il a tenu à préciser que les Afghans expulsés «se sont vu refuser l’asile dans notre pays après avoir épuisé toutes les voies de recours. Ce qui signifie qu’ils ne sont en rien persécutés dans leur pays, et qu’ils ne sont pas des réfugiés politiques.» C’est pour mettre fin à cette polémique que le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a déclaré devant le Parlement français : «Je me battrai pour que le nombre des Afghans accueillis soit supérieur au nombre de ceux qui devront partir.»
Cinq des cents jeunes prévus sont déjà arrivés en France. Interrogés par des journalistes, l’un d’entre eux répond : «Les jeunes qui viennent sont de la province du sud, là où il y a la guerre. Ils sont obligés de choisir, soit ils rejoignent les talibans, soit ils rejoignent le gouvernement, soit ils sont obligés de s’enfuir. Le meilleur endroit pour s’enfuir c’est les pays européens».
Les étudiants français n’apprécient guère le geste du ministre des Affaires étrangères. Ils doivent travailler dur pour financer leurs études et galèrent pour trouver un logement. Sur les forums étudiants, ils parlent de «la poudre aux yeux.» Dans des commentaires, certains s’interrogent : «S’il y a de l’argent pour prendre en charge les étudiants afghans pour 6 ans, pourquoi n’y en aurait-il pas pour les autre étudiants ?»  Le comble est que les deux ministres qui se contredisent sont issus de la même famille politique (PS) avant «d’ailler ailleurs».
M. T.

Par : Mohammed Taoufik

L'édition du jour
en PDF
Le Journal en PDF
Archives PDF

El Djadel en PDF
El-Djadel en PDF

Copyright © 2007 Midilibre. All rights reserved.Archives
Conception et réalisation Alstel