Les trottoirs des grandes artères sont occupés par des femmes assises à même le sol, entourées de plusieurs chérubins mal vêtus et pieds nus. Certaines tiennent même des bébés qui gémissent. Une vieille femme, un nourrisson dans les bras, tend une ordonnance…
C’est un phénomène qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années. On les rencontre partout. Au marché, devant les magasins, les portes des boulangeries et des restaurants, ainsi que près des mosquées. A la vue de plusieurs scènes qui se sont déroulées sous nos yeux, c’est-à-dire en clair des jeunes et des moins jeunes des deux sexes échangeant dans les boutiques des pièces de monnaie contre des billets, nous avons voulu effectuer notre petite enquête. Il est sept heures du matin, une camionnette remplie de passagers (hommes, femmes et petits enfants) venus des localités voisines, s’arrête à l’entrée de la ville. Le groupe hétéroclite s’éparpille à travers la cité et chacun rejoint sa place déjà désignée. Bientôt, les trottoirs des grandes artères sont occupés par des femmes assises à même le sol entourées de plusieurs chérubins mal vêtus et pieds nus. Certaines même tiennent des bébés qui gémissent. Une vieille femme, un bébé dans les bras, tend une ordonnance et demande une certaine somme pour acheter des médicaments. Un père de famille signale avoir vu ces ordonnances circuler pendant des mois. D’autres femmes, de gros paniers à la main, prennent place juste devant les portes des boulangeries. Quelques temps après, les paniers sont vite remplis, car la clientèle, en sortant du magasin, n’hésite pas à offrir un pain à la vue de ces êtres pitoyables. Mais ces paniers, comme par enchantement, deviennent vides et le manège reprend de nouveau. Pour les hommes, les cafés, la place du marché et la Grande poste restent leurs lieux de prédilection. A tous moments, les consommateurs sont harcelés et quand ils n’obtiennent pas satisfaction, ils vous toisent avec un regard haineux. Certains refusent la nourriture et les vieux habits que les âmes charitables leur donnent.
Il y a aussi une autre catégorie plus expérimentée: des femmes et des jeunes filles qui se rendent chaque matin à Alger pour pratiquer ce "métier". C’est tout à fait rentable, puisqu’un boulanger et un épicier signalent : "Venez vers seize heures et vous constaterez de vous mêmes. Les recettes de chacune de ces habituées varient entre 3 mille et 6 mille DA". Plusieurs pensionnaires du centre de Hammam Righa quittent les lieux pour s’adonner à la mendicité. Enfin, pour mieux illustrer cet état de fait, un mendiant d’un certain âge à qui il a été proposé le poste stable de gardien dans une école a eu cette réponse pour le moins inattendue : "Est-ce que vous pouvez me garantir 4 mille DA par jour ?"
Il est dix sept heures : tout le monde se rassemble à la sortie de la ville pour attendre une camionnette qui transportera ses «clients» vers leurs demeures …
C. E. M.