Ali Ali-Khodja est décédé dimanche à l’âge de 87 ans des suites d’une longue maladie. Né en 1923 à Bologhine (Alger), il fut peintre, aquarelliste, graveur et professeur à l’Ecole des Beaux Arts de 1961 à 1994. Il est le lauréat de plusieurs distinctions : Médaille d’or du meilleur ouvrier de France (1960) Grand prix national de peinture, Alger (1970) et Médaille du mérite national (1987).
Il est issu d’une famille d’origine ottomane, terme impropre qui s’applique aux descendants des mariages mixtes turco-algériens. Il est le neveu de Omar et Mohamed Racim auprès desquels il étudie tour à tour la calligraphie et l’enluminure. Avec le premier, il s’initiera à l’enluminure et la calligraphie et avec le second à la miniature dont il suit les cours dès 1937 à l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger. Ali-Khodja a pris part à une quinzaine d’expositions collectives en Espagne, Suède, France, Turquie et Chine. Il a réalisé 8 expositions personnelles dont 3 en France. Très discret, l’artiste n’aime pas les apparitions publiques si l’on tient compte du fait qu’il n’a, à son actif, que huit expositions personnelles et une quinzaine d’expositions collectives. Ce qui importe à ses yeux, c’est l’autonomie et le plaisir d’entreprendre loin des chapelles quelles qu’elles soient. L’abandon de la miniature ne peut s’expliquer que par le désir de ne pas se poser en dépositaire de l’héritage de ses deux oncles Omar et Mohamed Racim. Un héritage qu’il aurait obtenu non pas grâce au mérite mais au hasard de la parenté. Ali Khodja est l’auteur d’une série de timbres postaux algériens en 1963, et d’une série d’affiches qu’il a réalisé pour le compte du Ministère du Tourisme en 1965 et en 1968, ainsi que pour la foire internationale d’Alger en 1974. Au début, il peint des thèmes animaliers et des paysages avec une palette très coloriée avant de renouer avec la miniature qui représentait pour lui, comme il aimait à le dire, «le monde de la simplicité et de la sensualité avec l’Orient et la Chine». Il peint des arabesques dont les méandres évoquent les profondeurs de l’âme. Le déploiement des lacis dessine l’espace onirique dont la scansion est comme ordonnée par le mouvement du geste. De ses toiles ou de ses miniatures, se dégage une impression de foisonnement sur fond de douceur et de quiétude. Le tracé, tout en rondeurs, gomme les aspérités trop cassantes. Désinvolture et plaisir ludique jurent avec des couleurs effrayantes ou lumineuses de l’enfance. L’oeuvre de Ali Ali-Khodja exprime une identité qui fusionne les éléments méditerranéens à la fois appartenant au Maghreb, à la sublime porte et à la France. Lumière, baroquisme au niveau de l’esthétique mais modestie plastique mais toujours le mystère et le secret !
L.G.