Selon l’AFP, Pierre-Claver Akendengué, maître de la musique africaine mondialement célèbre notamment par "Lambarena - Bach to Africa", reste "fidèle" à lui-même tant par ses textes engagés que sa musique mêlée de tradition et d’influences extérieures. "On ne doit pas parler pour ne rien dire", dit-il à l’AFP en référence à son engagement envers l’Afrique. "L’artiste a une dette envers ceux qui vivent la même histoire que lui mais n’ont pas la parole. Il est la voix des sans-voix", affirme Akendengué, 66 ans, grosses lunettes cachant des yeux attaqués dès sa jeunesse par une maladie dégénérescente. Comme un symbole, le musicien a remis au goût du jour dans son 19e album "Vérité d’Afrique", sorti fin 2008, son titre le plus célèbre : "Considérable", une chanson culte devenue une sorte d’hymne africain. "Elle a traversé le temps" sans prendre une ride, dit-il. "Je l’ai écrite lors d’un retour au pays en 1972, à l’époque des guerres fratricides et del’apartheid".
Pour lui, "Considérable", c’est "le déni d’Histoire fait à l’Afrique", "les pillages de la colonisation", "le thème des indépendances, des partis uniques et leurs guides éclairés, la démocratie émaillée de coups d’Etat, de corruption et de mauvaise gouvernance".
"Il y a des constantes dans ma chanson : l’unité de l’Afrique, service de la vérité, quête de la liberté. L’artiste doit s’intéresser à la misère du monde. L’homme n’a pas que des peines de cœur", poursuit-il. Aujourd’hui conseiller au ministère de la Culture gabonais où il est revenu en 1985 après 15 ans d’exil, il confie : "Je n’ai jamais pensé que je pourrais devenir chanteur. Je venais d’une origine religieuse et la chanson c’était un peu le péché... Mais, surtout, les chanteurs célèbres de l’époque c’étaient des crooners : Tino Rossi, Frank Sinatra. Bien habillés, costards, cravates, nœuds papillon et tatata. Moi, je ne portais pas beau !". Le parcours d’Akendengué commence sur l’île d’Awuta (sud) où il naît en
1943. "Très tôt j’ai été dans un bain musical traditionnel". "Ma première rencontre avec la musique occidentale ce fût la musique grégorienne au collège chez les missionnaires lors de messes quotidiennes", se souvient le co-auteur avec Hughes de Courson de "Lambarena".
Un "oncle revenu d’Indochine avec une guitare" intègre le mélange à l’origine de sa source d’inspiration. Lorsque, boursier, Akendengué arrive en France en 1964, il veut "faire kinésithérapeute, un métier qu’on peut exercer aveugle". Mais il fait une rencontre "capitale et extraordinaire" en 1967 : le "Petit Conservatoire de la Chanson" de Mireille, découvreuse de talents présentés dans cette émission culte de la télévision publique. "Mireille m’a encouragé", dit-il. "Elle a beaucoup contribué à ma maturation". Sa bourse supprimée, il doit trouver un moyen de "gagner sa vie". "J’étais considéré comme un révolutionnaire. Mes chansons étaient interdites d’antenne au Gabon. Je chantais pour la libération de l’Afrique, contre la dictature", se souvient ce révolté membre alors de l’Agence générale des étudiants du Gabon, une association "panafricaniste d’obédience marxiste". En 1972, il enregistre "Ghalo-Ghalo" et "Le chant du coupeur d’okoumé" (une espèce d’arbre) profitant d’un studio loué par l’ORTF (l’Office public de radio-télévision française) pour "un ami réalisant un jingle". La maquette plaît à Pierre Barouh, grand découvreur de talents et artiste lui-même, qui le signe dans sa maison Saravah et lance sa carrière. Quelques mois plus tard, Akendengué remporte le prix de la jeune chanson francophone aux côtés du Français Gérard Lenormand et des Québécois de Beau Dommage grâce aux albums "Nandipo" et surtout «Considérable».