Le Midi Libre - Interview - «Les sites web de nos ministères doivent être dynamiques»
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Edition du 21 Janvier 2009



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Athmane Abdellouche, Docteur en informatique au Midi Libre
«Les sites web de nos ministères doivent être dynamiques»
21 Janvier 2009

Ousratic offrant les avantages d’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour chaque foyer afin d’instaurer une société résolument orientée vers l’information, le savoir, la science et la technologie, sachant que la société de l’information préconise l’usage des TIC dans les familles, considéré comme un véritable vecteur de développement intellectuel, social et économique. Pour Athmane Abdellouche, la jeune génération algérienne est douée en matière de créativité et d’imagination, en ce sens que de nombreux jeunes pensent et vivent à l’ère du numérique, alors que les anciennes générations n’arrivent pas à se déconnecter facilement du carcan de l’analogique. La récente loi relative à la lutte contre la cybercriminalité adoptée par l’APN a pour objet d’intensifier la détection des délits inhérents au phénomène de l’utilisation d’internet visant à escroquer et porter préjudice aux personnes et aux institutions publiques et privées. Mais, il s’agit également de se doter de moyens juridiques et infrastructurelles pour circonscrire la liberté de naviguer et de surfer sur le net.

Midi Libre : Comment appréhendez-vous le développement de l’informatique en Algérie ?
Athmane Abdellouche :
Personnellement, je pense qu’il faut anticiper sur la chose, parce qu’avant de lutter contre la cybercriminalité, il s’agit d’abord, de vulgariser l’informatique en Algérie, l’internet, les technologies de l’information et de la communication, c’est-à-dire tout ce a trait à l’informatique, doit être à la portée de tout le monde.
Il y a quelque chose qui a été bien fait par le président de la République, en l’occurrence l’opération Ousratic initiée en 2004.
Néanmoins, pour moi, cet événement sort de l’ordinaire dans la mesure où il permettra avec le concours actif et dynamique d’une équipe, de vulgariser beaucoup plus l’informatique à travers le pays. Mais, malheureusement, même au niveau des grandes structures en Algérie, et lorsqu’on parle d’internet en Algérie, on peut dire qu’il y existe une mauvaise gestion. A titre d’exemple, à part la présidence de la République qui est en train de bien gérer son opération et son site internet avec des hauts et bas aussi, les ministères assurent une mauvaise gestion des sites internet.

Comment peut-on parler de cybercriminalité et de protection en Algérie alors que le produit n’est même pas consommé ?
En tant qu’informaticien, je pense qu’il faut généraliser et vulgariser l’utilisation de l’informatique pour une véritable société de l’information. Avec le temps, cela viendra, mais dans l’immédiat et en premier lieu, il devient impérieux de réussir donc l’opération Ousratic dont je pense qu’elle a été apparemment mal gérée. Je crois que l’ancien ministre des TIC a dû, excusez l’expression, ‘’sauter’’, à cause de cette opération qu’il n’a pas su mener à bien. L’actuel ministre a promis qu’il va donner une solution, mais jusqu’à présent, on ne voit rien venir.

Que pensez-vous de la cybercriminalité et ses ramifications à travers le monde ?
Je suis informaticien et je consomme beaucoup d’internet par jour où ma dose oscille entre 3 à 4 heures quotidiennement et je dois surfer sur internet que l’Occident est en train de gérer à sa manière, principalement les Etats-Unis d’Amérique considérés comme le grand chef de file. Ils gèrent, en fait, le flux sur internet et font le bon et le mauvais temps sur internet. Même les pays européens et les pays du tiers-monde n’arrivent pas à rivaliser avec les Etats-Unis.

Cependant, si nous abordons le thème de la cybercriminalité en Algérie, il faut le situer dans son contexte viable, non ?
En informatique, il y a le copy right et le left right, c’est-à-dire qu’actuellement dans le monde, il n’y a pas que les professionnels de l’informatique qui osent détenir le monopole en disant qu’ils sont les seuls qui maîtrisent l’informatique. Je suis, certes, docteur en informatique, mais je ne vous cache pas qu’un enfant de 12 ou 14 et même de 10 ans peut me dépasser aujourd’hui.
Je vous donne un exemple concret : si l’on donne une série de téléphones portables de différentes marques à un enfant de 4 ou 5 ans, il saura les faire fonctionner à la perfection, alors qu’un adulte ne peut pas le faire avec une facilité déconcertante.
La génération qui vient est une génération numérique, c’est comme le démodulateur... Je suis spécialiste en informatique, mais j’appartiens à une génération analogique. Il y a donc un décalage et un virage.

Les attaques informatiques font des ravages, qu’en pensez-vous ?
Les attaques diffèrent, mais il y a un autre terme en vogue dans les pays tiers-mondistes, à savoir les hackers. Ces derniers sont des génies n’ayant pas un âge informatique. Ils sont en avance par rapport à nous. Par exemple, le législateur veut parler de criminalité alors qu’il ne maîtrise pas l’informatique et les technologies de l’information et de la communication. Avant de parler de cybercriminalité et d’attaques informatiques, il faut d’abord savoir se protéger. En informatique, il n’existe pas une seule solution aux problèmes, mais une multitude de solutions.
Par exemple, Bill Gates et la compagnie Microsoft s’imposent dans le monde. Néanmoins, à travers le monde, actuellement, les gens commencent à migrer du système Windows au système Unix. C’est comme le left right où les gens ne cherchent pas à se faire du pognon contrairement à ceux qui disent qu’ils ont le copy right, c’est-à-dire les droits d’auteur.
J’appartiens à cette génération du left right. Il faut définir la notion de piratage en informatique, car chez nous et dans notre environnement cybernétique, il devient impérieux de revoir cette notion de piratage. Par exemple, les combattants de Hamas qui luttent pour leur liberté et leur indépendance, sont taxés d’organisation subversive par les Juifs, les Européens et les Américains.

Comment lutter contre le piratage ?
Lorsque je conçois un logiciel, les gens peuvent le pirater, il n’y a aucun problème. L’informatique n’est pas une science bien cernée sachant que chaque jour, il y a des créations et quelque chose de nouveau.
Les attaques informatiques évoluent avec le système et avec le temps. Si l’on prend les produits Microsoft et on essaie d’y introduire des virus, il y a cette guerre qu’il faut prendre en considération. C’est durant la guerre froide que les virus et les attaques sont apparus. Depuis, ils ont évolué, car la politique y est pour quelque chose, elle met en relief les enjeux…
Aussi, il y a lieu d’encourager les personnes ayant des capacités intellectuelles, notamment dans les mathématiques appliquées où les gens de l’est de l’Europe sont les plus doués. Le premier créateur du système informatique est un Hongrois.
Il faut être bien protégé et disposer d’un système anti virus fiable pour déjouer les attaques des hackers. A travers les emails, des gens reçoivent des messages émanant frauduleusement d’une telle femme de général ou de telle épouse de ministre, en vous affirmant qu’elles vous font confiance, et par conséquent, vous pouvez leur communiquer votre numéro de compte bancaire afin de vous effectuer un virement. Beaucoup de personnes à Alger, Sétif, à l’Est et à l’ouest du pays sont tombés dans ce genre de piège.
Des Africains font partie de ce réseau de faussaires, de contrefacteurs et d’arnaqueurs.
Mais les éléments développant cette méthode de pirates, ce ne sont pas des Maliens ou des Nigériens, mais ce sont des gens bien placés ailleurs, tels que les off shore.
La législation prévoit que la loi ne protège pas les inconscients et les irréfléchis. Avant d’aller à la protection, il faut que les Algériens comprennent quelque chose et optent pour le software, sachant qu’on ne peut pas tout importer.
Jusqu’à présent, le chef d’entreprise ou le dirigeant d’une banque importe tout. On peut, certes, importer des équipements et des matériels informatiques, mais le software et les logiciels doivent être créés en Algérie.
Des enfants des écoles développent des choses qui sortent de l’ordinaire, ce sont vraiment de véritables génies.

De quelle manière les banques peuvent-elles se prémunir contre les hackers ?
Des systèmes bancaires commencent à se mettre en place actuellement, mais la protection fléchit lorsque la personne manque de vigilance.
Des voyous mettent sur pied un procédé pour piquer les cartes bleues ou les codes pour accéder aux comptes magnétiques des distributeurs de billets de banque. Car, l’ordinateur c’est un crétin qui est rapide, et c’est tout. La machine ne peut pas reconnaître X ou Y, on lui soumet le numéro de compte et elle exécute tout simplement.
Les systèmes américain et européen sont passés de la carte magnétique à la carte à puce qui a plus d’utilité et dont il faut préserver la confidentialité.
Il faut apprendre la prévention et l’utilisation des cartes dès le jeune âge afin d’éviter de malencontreux pièges.
Il y a eu tout le temps une méthode propre au piratage et l’algorithme qui résoudra le problème n’existe pas. Il n’y a pas une méthode efficace à 100% pour combattre le piratage. Il n’y a pas de système informatique algérien, et l’internet est une série de systèmes. C’est comme les partis politiques où il y a plusieurs formations partisanes et une multitude de systèmes et de courants idéologiques. C’est comme dans la presse où il y a des équipements Macintosh, Unix, MS DOS, Windows… Donc, il n’y a pas un système unique.
A. A.

Par : Amar Aouimer

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