Le Midi Libre - Culture - L’arabité comme intime conviction
Logo midi libre
Edition du 29 Novembre 2008



Le Mi-Dit

Caricature Sidou


Archives Archives

Contactez-nous Contacts




Conférence de l’essayiste libanais Antoine Sfeir au CCF
L’arabité comme intime conviction
29 Novembre 2008

C’est devant un public tellement nombreux qu’il a fallu aménager deux salles, que le célèbre journaliste, professeur et essayiste libanais, a longuement exposé la genèse des crises moyen-orientales et maghrébines et défendu l’arabité d’ espaces aux «histoires diverses, différentes, entremêlées et enchevêtrées».

La salle de conférence n’ayant pas suffi, il a fallu que les organisateurs du CCF aménagent un autre espace, réservé habituellement aux expositions, pour permettre aux auditeurs de suivre la conférence autour d’un écran géant. C’est dire à quel point les questionnements du public algérien face aux problématiques complexes de cet espace géopolitique, demeurent insatisfaits. Dans un silence quasi-religieux, les auditeurs ont bu l’exposé très pédagogique que le directeur des Cahiers de l’Orient et président du Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient , a fait l’exposé de son dernier essai, publié en 2006 et intitulé «Vers l’Orient compliqué». Cet exposé a été suivi d’une vente dédicace de l’ouvrage à la librairie du tiers-monde. L’auteur, enthousiaste et disponible, a invité le public à y continuer l’échange intense entamé après la conférence. A la question d’une participante sur la réalité de l’existence d’un monde arabe et d’une arabité auquel appartiendrait l’Algérie, notions dans lesquelles elle a déclaré ne pas se reconnaître, le conférencier a dit  comprendre ces questionnements qui montrent que «nous avons mal à notre arabité.» A la question «Qui sont les Arabes ?» le conférencier a répondu sans hésitation : «Seulement ceux de l’Arabie heureuse c’est à dire le Yémen.» Il a ensuite préféré parler d’«arabisés», car a-t-il dit l’identité arabe est non monolithique. Cette identité est celle de pays appartenant géographiquement à la même zone, à la même sphère, au même espace et dont l’histoire est entremêlée et enchevêtrée. Selon l’orateur, tous ces points communs ont conduit à la construction d’une identité partagée même si aujourd’hui l’espace arabe est morcelé, dépecé, éclaté. «Les divergences qui existent sont celles des hommes politiques au pouvoir, pas celles des peuples» a encore souligné Antoine Sfeir. Faisant fi de ses racines phéniciennes et probablement africaines, l’orateur a fini par asséner : «Dites-moi pourquoi je me sens chez moi à Alger. Pourquoi dès que je pose les pieds en Egypte, je me sens plus heureux ?» Après avoir commenté une caricature montrant les chefs d’Etats arabes, amoureusement enlacés par la taille, mais chacun tenant un couteau prêt à être plongé dans le dos de l’autre, Antoine Sfeir a défini le malaise qui ronge cette partie du monde comme un auto-suicide. Dès qu’un de ses membres lève la tête, on ne cherche pas à savoir , à comprendre ce qu’il a à dire, on la lui coupe. «Les Arabes n’ont pas la conviction d’appartenir à un même destin.» a-t-il ajouté.  «Nous avons oublier que le droit était romain, la co-existence andalouse, la puissance ottomane, la science arabe , l’éternité égyptienne… la Mediterrannée s’est endormie.» a déclaré l’intervenant qui, sur un autre chapitre, a critiqué l’approche européenne de l’Union pour la Méditerrannée. Il a cependant fait part de son intime conviction que pour les Arabes, tout espoir n’est pas perdu puisque depuis quatre années le Congrès arabe effectue une véritable résurrection. Ce même Congrès arabe qui, l’orateur l’a signalé au début de sa conférence, a été le premier à dénoncer dès Mai 1933, les exactions nazies contre les Juifs alors même qu’en Europe le black-out était de mise. Et qui, lors de sa tenue en 1932 au Caire a accueilli les délégués sionistes en leur proposant la création d’un Etat démocratique avec 2 chambres, 2 sénats et un gouvernement central. Un Etat totalement indépendant de l’Angleterre. Selon le conférencier, c’est à partir de ce premier rendez-vous manqué que se sont amoncelés les développements complexes menant aux crises successives dans la région. Le conférencier a longuement décortiqué les étapes historiques menant à l’inextricable situation actuelle. «Que devons-nous faire, manger le raisin où tuer le gardien ?» s’est interrogé Antoine Sfeir citant un proverbe libanais. «Il est temps de s’occuper de la vigne et de laisser les gardiens à leur sort» a-t-il conclu sous un tonnerre d’applaudissements.
K.T.

Par : Karimène Toubbiya

L'édition du jour
en PDF
Le Journal en PDF
Archives PDF

El Djadel en PDF
El-Djadel en PDF

Copyright © 2007 Midilibre. All rights reserved.Archives
Conception et réalisation Alstel