Faut-il ou non placer nos réserves de changes dans un fonds souverain à l‘étranger ? Bouteflika a tranché par un niet. C‘est ce qui ressort de son intervention lors de l‘audition du ministre des finances, Karim Djoudi, ce dimanche. « Certains nous suggèrent de nous lancer dans l‘aventure d‘un Fonds souverain pour rentabiliser davantage nos réserves de change à l‘étranger. J‘estime que le pays continue d‘avoir un énorme besoin de capitaux pour le développement de l‘économie nationale, qui ne plaide pas actuellement pour ce choix », a relevé Bouteflika. L‘option de la création d‘un fonds souverain suscite bien des débats et fait l‘objet de controverses. L‘idée a été lancée par Chakib Khelil, ministre de l‘Energie et des mines, indiquant qu‘une telle mesure était « valable », s‘inspirant de l‘expérience des pays du Golfe. Il a même annoncé une échéance, affirmant que l‘idée de créer un fonds souverain était « possible dans 4 ou 5 ans ». Plus précis, Abdelatif Benachenhou ancien ministre des Finances, estime que 20% des réserves de change suffisent pour le lancement d‘un fonds d‘investissement souverain, orienté vers l‘internationalisation de Sonatrach, 30% de ces réserves devront rester entre les mains de la Banque d‘Algérie et 50% devront aller au financement de l‘économie.
Le ministre des finances, Karim Djoudi ne partage pas la même position que Khelil. Il explique que « les indicateurs économiques font de la création de fonds souverains une entreprise hautement risquée pour le pays en raison de la crise financière mondiale et de l‘affaire des subprimes, qui n‘a pas fini de faire des ravages, les fonds souverains enregistrant des pertes énormes. Lancer un fonds souverain dans une situation internationale tellement défavorable est vraiment inopportun », a-t-il tonné. Djamel Djerrad, Commissaire aux comptes affirme de son coté « Nous avons besoin d‘argent pour réhabiliter l‘outil de production national plutôt que d‘aller le placer dans des entreprises à l‘étranger», soutient-il avant de s‘interroger : «Si nous le ferons, qui serait responsable de ces placements? Il faut être pragmatique. Nous ne pouvons pas créer un fonds pour apprendre à gérer. C‘est le fonds du peuple. S‘il y a un crash, qui va le gérer?». Ainsi, le problème se pose, selon le commissaire aux comptes, en terme de gestion et de contrôle de ces fonds souverains. Pour M.Djerrad, «nous devrons plutôt nous servir de nos ressources pour développer la production nationale et réhabiliter nos banques». Soutenant le même avis, Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d‘Algérie estime que même « si elles sont en nette évolution, il sera très risqué pour l‘Algérie de placer les réserves de change dans des banques commerciales à l‘étranger du fait que la hausse des réserves de changes impose la prudence dans leur gestion ».
Du coté des économistes, la prudence reste le maître mot. Abdelmalek Serrai, expert économiste, souligne que le débat sur le fonds souverain est prématuré. L‘Algérie, selon lui, doit conforter sa position financière et acquérir une expérience dans la gestion de ces fonds avant de se lancer dans cette aventure.
L‘économiste Abderahmane Mebtoul, plaide lui aussi pour la prudence. Il en veut pour preuve la volatilité des prix du pétrole, quasiment la seule ressources du pays ainsi que la dévaluation du dollar qui s‘est déprécié depuis 2000 de plus de 55%, donc peu rentable et peu efficace. D‘autant plus que les taux d‘intérêt qui y sont appliqués ne dépasseraient pas les 2%, indique-t-il, rappelant qu‘à la différence des pays asiatiques et des pays pétroliers s‘approvisionnant au sein de la zone dollars, les importations algériennes avoisinent 60% en euros. Il pose comme préalable d‘assainir le secteur financier.
Ainsi, à défaut de créer un fonds souverain, le Chef de l‘Etat a instruit l‘argentier du pays en vue d‘engager uneréflexion sur la création d‘un mécanisme financier national, à travers lequel, le Trésor sera en mesure de mobiliser et de fructifier une part de l‘importante épargne de l‘Etat, en appui au financement de l‘investissement économique dans le pays.