Cela fait plus de dix jours que les familles éliminées sont « larguées » sur les trottoirs de ce quartier objet de toutes les convoitises. Tenant coûte que coûte à obtenir gain de cause contre ce qu’ils qualifient de politique de deux poids deux mesures, les familles concernées ont décidé de poursuivre leur mouvement de contestation quelles qu’en soient les conséquences.
Jamais une opération de relogement n’a causé aussi de divergence comme celle du Bardo. L’évacuation de la première tranche des familles occupant des logements au niveau du pittoresque quartier du Bardo était certes rude, mais les autorités locales de la wilaya de Constantine ont pu la contenir. Pour cette deuxième tranche, la colère des familles est montée de plusieurs crans. L’ire des habitants a pris cette fois ci une tournuresinattendue. Depuis mercredi dernier, jour où l’on a procédé à l’évacuation des quelque 342 familles bénéficiaires vers leurs nouvelles demeures, les familles écartées de la liste des bénéficiaires n’ont pas cessé de contester et de crier à la hogra. Cela fait plus de dix jours que les familles éliminées sont « larguées » sur les trottoirs de ce quartier objet de toutes les convoitises. Tenant coûte que coûte à obtenir gain de cause contre ce qu’ils qualifient de discrimination et politique de deux poids deux mesures, les familles concernées ont décidé de poursuivre leur mouvement de contestation quelles qu’en soient les conséquences. Elles refusent de quitter les lieux jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Ainsi, et pour faire entendre leur protesta à l’opinion publique, les familles contestataires ont décidé de rester avec leur mobilier sur la route ayant comme seul abri des tentes vétustes. Même les forces de l’ordre n’ont pas réussi à déloger les protestataires. Cela se passe à Constantine et en plein mois sacré de Ramadhan. Pour les autorités locales, le verdict est tombé et ceux qui ouvrent droit se trouvent actuellement dans leurs nouvelles demeures. Rassemblées en fin de semaine devant le cabinet du wali pour dénoncer les dépassements et l’injustice perpétrés par le comité de recensement, les familles concernées sont retournées bredouilles. La représentante de ces familles nous a indiqué que le wali a refusé de les recevoir. « Nous avons eu à le rencontrer lors d’une de ses sorties médiatiques, mais ils nous a complètement déçus », indique notre interlocutrice. «Allez rejoindre les geôles si vous ne voulez pas passer le Ramadhan en plein air», s’est adressé le wali aux contestataires selon les dires de cette même interlocutrice. Pour le chef de l’exécutif, le dossier de la seconde tranche est clos. «Je refuse d’entrer en conflit avec cette bande d’opportunistes. Le travail des enquêteurs était adéquat et équitable. Le recours a eu lieu et on a récupéré ceux qui ont été marginalisés», nous a confirmé le wali de Constantine. Le chef de daïra qui a présidé la commission de recours s’est dit satisfait du travail qu’il vient d’accomplir. Parmi les 430 recours exposés, 59 ont eu gain de cause, a-t-on précisé. Une tournée auprès de ces familles amassées sur les trottoirs du vieux Bardo, nous a permis de constater de visu que parmi les contestataires se trouve beaucoup d’intrus qui veulent profiter de la situation. Nous avons eu à rencontrer, à titre d’exemple, une famille native du Bardo mais qui réside à Alger. D’autres femmes nées au Bardo et mariées ailleurs estiment qu’elles ouvrent également droit à un logement puisque la maison familiale est touchée par l’éradication. Plusieurs familles n’arrivent toujours pas à comprendre que l’indemnisation est l’essentiel et que l’opération de relogement ne constitue qu’une offre supplémentaire adoptée par l’Etat. Ce qui se passe à Bardo a éclipsé la situation des familles réellement marginalisées à cause de l’inconscience des uns et la spéculation des autres.
Par : KHALIDA B.