Le Midi Libre - Interview - «Nous plaidons pour la création d’une caisse mutualiste»
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Edition du 8 Septembre 2008



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Zaïm Bensaci, Président du CNCPME à propos du financement de la PME
«Nous plaidons pour la création d’une caisse mutualiste»
28 Juillet 2008

Le président du Conseil national consultatif pour le développement de la petite et moyenne entreprise (PME), Zaïm Bensaci, nous parle des difficultés de financement rencontrées par les entreprises et les entraves dans le fonctionnement de leurs outils de production.

Midi Libre : Quelle est la situation financiere actuelle des PME ?
Zaïm Bensaci : Le financement de la PME est un thème récurrent qui a été traité à différents niveaux. Mais son acuité demeure entière et des propositions innovantes restent à faire pour mettre en place l’instrumentation financière susceptible de promouvoir réellement la PME. La problématique du financement des PME est fort bien connue. Il ne faut pas s’attarder, donc, outre mesure, sur des considérations partagées au demeurant aussi bien par les banques que par les entreprises. Mais nous ne soulignerons jamais assez les réelles difficultés qu’ont les PME à accéder au crédit bancaire, tout comme nous déplorons cette situation qui freine les capacités créatrices et l’émergence d’un tissu de PME compatible avec les ambitions que nous pouvons raisonnablement nourrir dans ce domaine. Chaque partie concernée a sa part de responsabilité dans cette situation, et il n’est pas dans mon intention de jeter la balle à quelque institution que ce soit. A la décharge des institutions de financement, le faible taux de bancarisation de l’économie algérienne et partant l’insuffisante mobilisation de l’épargne nationale ainsi que le caractère encore embryonnaire du marché financier agissent comme autant de facteurs défavorables.

Quelle est la position des pouvoirs publics dans la stratégie de mise à niveau des PME ?
Dans ces conditions, les initiatives des pouvoirs publics visant le renforcement de l’instrumentation de financement de la PME (mise en place de la CGCI et création d’un fonds spécial pour l’investissement notamment) procèdent davantage du souci de structurer progressivement le dispositif de financement que de mettre en place des mesures dont les effets pourraient être immédiats.
C’est ainsi que nous comprenons d’ailleurs la mise en place d’autres mécanismes de financement tels que les dispositifs de crédit bail et d’affacturage. Tous ces mécanismes traduisent la volonté des pouvoirs publics d’aménager continuellement le dispositif de financement en place pour l’adapter à la PME et à ses caractéristiques. Ils recèlent certainement des possibilités réelles, mais ils ont besoin d’être davantage connus par ceux-là mêmes à qui ils s’adressent.
Ces mesures restent, de notre point de vue, encore insuffisantes. C’est pourquoi nous avons eu l’occasion de soumettre une proposition qui a pu paraître hardie ou inopportune. Je veux parler ici de la possibilité de création d’une institution de financement de caractère mutualiste et exclusivement dédiée au financement de la PME.
Notre intention n’est nullement de compliquer une situation déjà complexe ou de rendre le contexte moins lisible qu’il ne l’est. L’idée est partie de la conviction qu’une telle éventualité serait la bienvenue et qu’elle pourrait contribuer à renforcer davantage l’édifice institutionnel en place. Une réflexion approfondie est certainement nécessaire pour s’assurer des conditions de faisabilité d’une telle formule et des possibilités de coexistence d’une institution de financement de caractère mutualiste à côté d’autres banques sans perturber le financement de la PME.

Quelle est la finalité d’une caisse mutualiste ?
Dans la conception que nous souhaiterions faire prévaloir, la création d’une institution de financement de caractère mutualiste n’est pas une alternative au financement de la PME par les banques, elle contribue à élargir l’offre dans ce domaine.
Les quelques arguments que je viens d’évoquer en faveur de cette formule indiquent clairement qu’il ne s’agit là ni d’une lubie ni d’une quelconque idée fixe. Cette proposition est portée par plusieurs associations professionnelles et organisations patronales et pourrait faire consensus si les pouvoirs publics acceptaient de la considérer avec la bienveillance qu’elle mérite.
Les expériences menées de par le monde, expériences séculaires pour certains pays, nous enseignent que le crédit mutuel, sans être la panacée au problème de financement, contribue néanmoins et de manière significative à atténuer les problèmes rencontrés.
L’idée qui sous-tend notre proposition, et qui est loin d’être irréaliste, est qu’il existe des PME dont la santé financière est bonne et qui sont capables d’être au niveau régional, les locomotives d’un projet de création de caisses de crédit mutuel, fonctionnant selon les principes de la coopération et du crédit mutuel (but non lucratif, ristourne d’une partie des excédents de gestion, solidarité entre les sociétaires, responsabilité conjointe et solidaire des sociétaires, bénévolat des administrateurs…). Il va sans dire que la proposition de création de caisses de crédit mutuel est à mettre en œuvre dans le cadre d’une démarche graduelle et pragmatique dans laquelle des critères rigoureux et précis présideront au choix de l’assise territoriale de la caisse et de son lieu d’implantation.
Le crédit mutuel que nous connaissons est structuré de façon pyramidale (local, régional, national), en allant de la base vers le sommet.
Dans la vision que nous préconisons, le niveau régional paraît le plus indiqué parce qu’il permet de corriger de grandes distorsions en matière de développement économique entre communes voire même entre wilayas.
Le niveau régional permet, en effet, d’offrir aux caisses régionales une assise territoriale représentative des potentialités locales et pertinente pour dégager les synergies et les moyens nécessaires à leur essor et développement.

Existe-t-il une démarche appropriée ?
La démarche à mettre en œuvre doit être pragmatique pour s’assurer des conditions de création de telles caisses notamment l’existence d’un tissu de PME important, la volonté des entrepreneurs de se constituer en caisse mutualiste de crédit, l’existence d’une épargne à mobiliser pour la constitution du capital social de la caisse, la possibilité de disposer ou d’acquérir un siège compatible avec la vocation de la caisse, l’existence d’une ressource humaine formée ou à former…
En tout état de cause, la création d’une caisse de crédit mutuel n’est pas une entreprise à mener avec légèreté. Elle doit faire l’objet d’une intense action de sensibilisation des entrepreneurs et être l’aboutissement d’un processus sérieux et bien mené par ses promoteurs.
Un tel processus commande de ne pas agir de manière uniforme à l’échelle du territoire national ou de céder à quelque pression émanant des entrepreneurs ou des pouvoirs publics.
La prudence doit caractériser la démarche à mettre en œuvre, c’est pourquoi nous préconisons, à titre expérimental, la création d’une ou de plusieurs caisses pilotes au niveau des régions qui s’y prêtent (existence de pôles industriels…) et sur la base d’études complètes de faisabilité.
Il ne s’agit nullement de créer de nouvelles institutions qui viendraient concurrencer ce qui existe déjà. Nous voulons, en fait, consolider et renforcer ce qui existe pour offrir aux promoteurs l’instrumentation qui leur permet de créer leur entreprise et aux PME existantes celle qui leur assure le financement de leurs besoins en fonds de roulement et crédits d’investissements. En un mot, l’instrumentation de financement qui assure la promotion de la PME, sa croissance et son développement.

Par : Amar Aouimer

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