Le Midi Libre - Chronique judiciaire - Un crime d’honneur
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Edition du 8 Septembre 2008



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Un crime d’honneur
8 Septembre 2008

Nous sommes le 30 juin 2008, les membres de la Cour se regardent tour à tour, médusés. C’est qu’il est difficile de juger un criminel qui ne laisse pas paraître le moindre remords…
Peut-être que ce simple fait, banal pour certains, ne jouera pas en faveur du jeune accusé Ahmed. S’il est vrai que parfois les membres de la Cour prennent en considération la lueur de regret qui se lit dans le regard des mis en cause, il est vrai aussi que, souvent, l’arrogance et cet air de dire : «J’ai tué et alors ?», a de quoi irriter et pousser à trancher en faisant fi des circonstances atténuantes. Et ce n’est que justice rendue, vu que le criminel est fier de son acte. Les faits reprochés à Ahmed sont lourds. Il a assassiné un homme, et durant tout le procès, il se positionne en tant que victime :
«M. le président, cet homme était un monstre ! Il a porté atteinte à mon honneur et je vous prie de croire que je ne suis pas sa seule victime…» A la barre des accusés, l’inculpé parle et s’exprime avec une aisance peu particulière.
On se surprend presque à le plaindre d’avoir été berné par la victime. Puis, on se rappelle tout à coup, qu’aussi monstre soit-il, la victime y a quand même laissé sa vie de façon atroce et que la Cour est là pour autre chose que s’apitoyer sur le sort de quelqu’un qui a commis un acte dont il doit payer les frais, quelles que soient les circonstances du meurtre.
Il y a un criminel et une victime, et aujourd’hui, le criminel doit répondre de ses actes… La Cour le lui fait comprendre d’ailleurs de façon très nette :
- Accusé, nous ne sommes pas ici afin de vous écouter nous relater vos déboires ! Que vous ayez fait l’objet d’une injustice, nous comprenons parfaitement cela, mais il y a eu meurtre ! une vie s’est éteinte dans d’horribles circonstances, et vous en êtes l’auteur.
Nous sommes là pour condamner un acte grave, mais vous ne semblez pas prendre en compte la gravité des faits, et cela ne facilite guère notre tâche.
- Je n’avais pas l’intention de tuer cet homme. Je voulais sauver mon honneur, lui donner une leçon, c’est tout !
- Mais les faits sont là, vous l’avez sauvagement assassiné.
Maigre, le teint terne et les yeux cernés, l’accusé a dans le regard une lueur d’inachevé. Pas de remords… Sinon de la colère et de la rancune.
Dans son réquisitoire, le procureur général requiert la peine capitale.
L’avocat de la défense essaye tant bien que mal de requalifier l’accusation d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens. Ahmed est accusé de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il évoque même la légitime défense et demande d’accorder les circonstances atténuantes à son client.
Après délibérations, Ahmed est condamné à 16 ans de réclusion criminelle.


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